Le 19 septembre 1806 , un nouveau Régiment fut créé par décret impérial sous la dénomination de
"
fusiliers de la Garde Impériale".

     Ce Régiment de 1.600 hommes viendra - dans la structure de la Garde Impériale - immédiatement après la "Vieille Garde" et composera ce qu’on appellera plus tard la "Moyenne Garde". ( Le terme de "Jeune Garde" désignant les Régiments formés en 1809 ; celui de "Moyenne Garde" n'apparaissant qu'à partir de 1811 ).

     Organisés comme les Régiments de la "Vieille Garde", les fusiliers de la Garde Impériale ne leur étaient inférieurs ni en bravoure ni en discipline . Toujours et partout, ils partagèrent la gloire de leurs aînés.

La naissance du corps des fusiliers

     L’Empire à 2 ans en 1806, et son maître entame une réforme de la phalange militaire qui lui est la plus chère : sa Garde Impériale. Au delà de nombreux règlements revus, un détail important voit le jour : la création d’une nouvelle unité d’infanterie. L'Empereur veut une Garde plus jeune que l’on puisse utiliser souvent, tout en conservant le fameux esprit de pugnacité et de sacrifice qui la caractérise.

     Son idée est également de démocratiser le corps qui a tendance à se refermer sur lui même, en l’ouvrant à la conscription. Très attaché à ses vieux grognards, il va aussi leur donner l’occasion de se distinguer et de prendre du galon en constituant l'encadrement d’un nouveau Régiment , celui des fusiliers de la Garde.

Le 13 septembre 1806, à Saint Cloud, Napoléon écrit au général Lacuée :

"    Je vous envoie un projet de décret pour la formation d'un Régiment de fusiliers de la Garde .Il est impossible d'avoir des Vélites suffisamment, et cela me coûte trop cher.

   Formez le tableau des masses de manière que ce Régiment ne coûte pas plus que ceux de la ligne, à l'exception des officiers et sous-officiers, qui seront traités comme ceux de ma Garde. Je n'exclus pas cependant quelque amélioration pour les soldats, parce qu'il faut qu'ils soient mieux tenus et un peu plus à leur aise que les soldats de la ligne.

   Mettez dans une colonne séparée ce que ce Régiment me coûterait en le traitant comme un Régiment de ligne, et dans une autre colonne ce que vous pensez qu'il faille lui accorder de plus. »

     Durant l’automne 1806, des directives sont donc envoyées, des rapports vus et revus, des fonds débloqués, on passe des commandes aux fournisseurs, et on intrigue pour y nommer les officiers. Enfin, le 19 septembre 1806, paraît le décret pour la formation du Régiment des fusiliers de la Garde Impériale, dont les cadres proviendraient tous des Régiments de Vélites. ( Quelques officiers cependant provinrent de la Vieille Garde, d'autre de l'infanterie de ligne).

    Au mois d'octobre 1806 , les effectifs de l'infanterie de la Garde Impériale augmentèrent donc, avec la création d'un Régiment de fusiliers à 2 bataillons . Fort de 1200 hommes , non compris les sous-officiers, les caporaux et les tambours, ce Régiment dépendait alors de l'administration des chasseurs à pied . Il fut constitué à cette époque par un prélèvement d'hommes destinés aux compagnies départementales de réserve, aucun ne devant mesurer moins de 1,679m . Chaque département dû fournir , en plus , 2 hommes pris dans le contingent affecté initialement aux cuirassiers , et 5 autres dans celui prévu pour l'artillerie, à savoir des hommes d'une constitution robuste et de belle taille . Ce système de recrutement départemental avait été décrété le 3 août 1806 devant les besoins grandissants de contingents pour la guerre.

     Ainsi fut crée le Régiment des fusiliers de la Garde Impériale . Jeune Régiment , rapidement mis sur pied , ambitieux,  il devait bientôt se distinguer par le sang versé, et se faire accepter par les anciens.

L'évolution du corps des fusiliers

     En cette année 1806, des doutes avaient été émis sur l'utilité de la formation d'un corps de la Garde avec de jeunes recrues, notamment par le maréchal Bessières qui estimait que l'amalgame de jeunes conscrits et de vétérans pouvait amoindrir les qualités guerrières de ces derniers. En l'occurrence, c'est le contraire qui se produisit : cette mesure améliora sensiblement la valeur des conscrits et très bientôt, l’administration de la Garde reçut une nouvelle directive : Ce n'était plus 1, mais 2 Régiments de fusiliers de la Garde qu’il fallait constituer, à répartir, pour l'un dans le corps des Chasseurs, pour l'autre dans celui des Grenadiers.

Fusiliers-Chasseurs Fusiliers-Grenadiers

     Au mois de décembre 1806, un second Régiment de fusiliers de la Garde Impériale est alors formé et se voit rattaché au corps des grenadiers à pied . La taille minimale des recrues est relevée à 1,72m pour les fusiliers du corps des grenadiers, tandis que celle des fusiliers du corps des chasseurs n'est que de 1,68m.

     Sachons en outre que ces militaires pouvaient prétendre - de droit - à être admis dans les Régiments de Grenadiers ou de Chasseurs à pied de la "Vieille Garde" après une campagne faite en leur compagnie, ou après 5 années de service en temps de paix, et ceci, sur décision de l'Empereur uniquement. Ils pouvaient aussi être admis dans leur corps au grade de caporal et de sous-officier.

     Le 16 janvier 1809, la Garde Impériale est encore réorganisée. Le premier Régiment prend officiellement le titre de "fusiliers-grenadiers" et le second, celui de "fusiliers-chasseurs", dénominations usuelles jusque là, mais absolument officieuses. L'effectif de ces Régiment comprend toujours 2 bataillons à 4 compagnies, mais sont renforcés d'une compagnie de dépôt comptant 200 hommes et, à l'avenir, les fusiliers devront se recruter parmi les tirailleurs de la Garde ayant 2 ans de service et sachant lire et écrire.

     À partir de 1810, l'effectif comprend 1600 hommes par Régiment et ce chiffre restera stable jusqu'en 1814.

     Un décret du 5 janvier 1811 augmente chaque bataillon d'une 5ème compagnie, composée uniquement de "fusiliers sergents" (1 Régiment se compose alors de 2 bataillons totalisant 10 compagnies dont 4 de "fusiliers-sergents") . L'idée est de pouvoir réunir les 4 compagnies d'un même Régiment  pour former un "bataillon de fusiliers sergents de la garde".
Cette même année, les conditions d'admission sont précisées par le directeur général de la conscription, qui écrit le 6 août aux préfets des départements : "L'enrôlement pour les fusiliers de la Garde Impériale [...] Désormais le corps des fusiliers de la Garde ne devra se compléter qu'avec les hommes sortant des tirailleurs et voltigeurs de la même Garde, sachant lire et écrire, et ayant au moins 2 ans de service dans l'un de ces Régiments". (NB : Depuis 1806, ils étaient recrutés parmi les tirailleurs).

     Par décret du 26 décembre 1813, le Régiment de fusiliers est porté à 6 compagnies par bataillon, et, dernière modification majeure, chaque Régiment de fusiliers sera composé de 3 bataillons à partir de Janvier 1814.

Les fusiliers au combat


     Les Régiments des fusiliers qui selon le vœu de Napoléon sont dans la "Moyenne Garde",auront toujours ce complexe : celui de n’être pas de la "vieille". On y entre donc qu’avec une seule idée : en sortir ! On cherche la grande porte, celle de la promotion, de la légion d’honneur, du retour en tant que caporal dans "la vieille", officier dans "la ligne" ou général auprès d’un grand maréchal.

     Certes, on en sortira général, officier et sous officier, grandi, et cela tant que l’empire français étendra ses ailes d’aigle sur l’Europe en feu, mais la guerre est redoutable, et lorsque l’aigle connaîtra l’hiver, puis les plaines allemandes, nos jeunes fusiliers connaîtrons un sort terrible.

     Les Régiments les plus récents étaient employés au combat les premiers : la Vieille Garde est "si précieuse - avait l'habitude de dire Napoléon - que l'on craint de l'exposer". C'est ainsi que pendant la campagne de 1807, les fusiliers de la Garde se distinguent pendant les journées de Heilsberg (10 Juin) et de Friedland, tandis que le reste de la Garde est tenu en réserve. L'empereur les appellera au centre de la Grande Armée au soir de cette journée et dira : "Vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de tous vos lauriers".

     En 1808, les fusiliers partent pour l'Espagne, combattant à Madrid lors de l'insurrection, à Médina de Rioseco puis à Guadalajara , avant d'être rappelés en avril 1809 pour combattre en Autriche. C'est là, lors de la bataille d’Essling, les 21 et 22 mai, qu'ils se distingueront une nouvelle fois , avant d'être renvoyés en Espagne où ils combattent dans la région de Vitoria et d’Aranda.


Les fusiliers-grenadiers à Essling - 1809

     De retour de la péninsule Ibérique, les fusiliers font la campagne de Russie (1812) . Pendant la retraite, ils vont encore s'illustrer, et plus particulièrement lors du combat de Krasnoïe. De nuit, le général Roguet, commandant la deuxième division de la Garde, lance une attaque contre les positions russes et disperse l'ennemi. Après cette campagne, "le père Roguet", comme l'appellent ses soldats, n'a plus que 57 officiers et 288 hommes !
Au cours de cette période,Vionnet de Maringoné, qui sert dans les fusiliers, écrit : "Je commandais un des plus beaux et des plus braves bataillons de la Garde". Le mémorialiste Scheltens fait également l'éloge de cette troupe à la même époque : "Jamais on ne vit brigades mieux organisées ; nous étions tous jeunes, dans la force de l'âge, ayant de l'instruction, toujours gais et chantants, bien commandés par des officiers d'expérience qui sortaient de la vieille garde".
 

     Avant d'entrer en campagne de Saxe (1813), les deux Régiments de fusiliers sont reconstitués. Cependant il ne subsiste qu'un petit bataillon de chaque arme : 528 fusiliers-grenadiers, et 638 fusiliers-chasseurs. Ils seront à Lützen. La deuxième division de la garde, formée en hâte, arrive pour la bataille de Bautzen avec près de 900 fusiliers de la brigade du général Mouton. De nouveau, ils se couvrent de gloire à Dresde, puis à Leipzig. Ils iront ensuite à Hanau pour ouvrir la route du retour.

     Ils combattent pendant la campagne de France, au cours de l'année 1814, et, après la première abdication, les fusiliers de la Garde sont dissous et incorporés dans les grenadiers et chasseurs à pied de la Garde.
 
     Le 8 avril 1815, le Régiment des fusiliers-grenadiers devient "3ème Régiment de grenadiers", et celui des fusiliers-chasseurs "3ème Régiment de chasseurs". Après les 100 jours, la Garde est licenciée...et les fusiliers avec elle.

 

 
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